Gérer le stress d’avant-course : comprendre les mécanismes et agir efficacement (triathlon & trail)
Par Anthony Publié le 25/06/2025 à 10h51 Temps de lecture : 5 minutes
Crédit Image: Pedro Figueras
Que vous soyez à votre premier triathlon Sprint ou à votre 5e Ironman, le stress d’avant-course est une expérience universelle. Comprendre ce qui se passe dans votre corps et votre tête est essentiel pour ne pas le subir… mais s’en servir comme levier de performance.
📚 C’est quoi le stress ? Définition et intérêt pour le corps
Le stress est une réaction biologique normale de l’organisme face à une situation perçue comme menaçante ou incertaine.
➡️ C’est une réponse adaptative initiée par l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), qui permet à votre corps de se préparer à l’action.
🔎 Hans Selye (fondateur du concept en 1936) le définit comme “la réponse non spécifique du corps à toute demande qui lui est faite”.
Le stress peut être :
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Aigu : pic d’activation ponctuel avant une épreuve (💡 utile)
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Chronique : état de tension prolongé, délétère pour la santé
🔬 Que se passe-t-il dans le corps ? La cascade physiologique du stress
🧠 Étape 1 : Perception du stress
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L’amygdale (centre des émotions) détecte une menace
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Elle alerte l’hypothalamus
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Celui-ci déclenche une réaction neuroendocrinienne
⚡ Étape 2 : Activation du système nerveux autonome
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Le système sympathique se met en marche (fight or flight)
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Il provoque la libération de deux catécholamines :
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Adrénaline : montée cardiaque, augmentation du glucose sanguin, vigilance
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Noradrénaline : vasoconstriction, tonus musculaire accru
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🧪 Étape 3 : Libération du cortisol
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L’hypophyse sécrète de l’ACTH
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Les glandes surrénales libèrent du cortisol, l’hormone du stress
Effets du cortisol :
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Libération de glucose pour alimenter les muscles
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Inhibition de la digestion et du système immunitaire
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Si trop élevé : anxiété, troubles du sommeil, affaiblissement cognitif
📊 Selon l’INSERM (2020), un stress ponctuel modéré améliore les fonctions cognitives et la coordination motrice. Mais un excès de cortisol peut nuire à la prise de décision et à la performance.
🧘♂️ Pourquoi il est utile… mais à maîtriser
Le stress bien géré améliore :
✅ La vigilance
✅ La motivation
✅ La perception sensorielle (vue, ouïe, proprioception)
✅ L’efficacité motrice
Mais mal géré, il génère :
❌ Crispation musculaire
❌ Respiration inefficace
❌ Troubles digestifs
❌ Fatigue nerveuse avant même le départ
🎯 L’objectif n’est donc pas de supprimer le stress, mais d’apprendre à le canaliser.
✅ 6 techniques concrètes pour gérer le stress d’avant-course
🧘♀️ 1. Cohérence cardiaque et respiration rythmée
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Technique : 6 cycles de respiration/minute pendant 5 min
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Effet : régule le système nerveux autonome
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Application : le matin de la course et sur la ligne de départ
📖 Étude de Paul Lehrer et al., 2007 : amélioration de la variabilité cardiaque et baisse du niveau perçu de stress chez des athlètes de fond.
🧩 2. Créez une routine mentale de pré-course
Exemple :
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🎧 Écoutez une playlist précise (toujours la même)
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🧍♂️ Répétez un mantra : “Je suis prêt, j’ai confiance”
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🎯 Visualisez le moment-clé : le départ, la T1, l’arrivée
🎓 Thèse de V. Bessière (2018, STAPS Lyon) : la visualisation avant compétition réduit le stress perçu de 22 % chez des triathlètes amateurs.
🥦 3. Alimentation anti-stress et hydratation
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Augmentez l’apport en magnésium (noix, graines, épinards)
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Favorisez les glucides complexes 24h avant la course
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Évitez les plats riches, le café excessif et l’alcool
💧 Astuce : ajoutez une boisson isotonique légère au petit-déjeuner pour stabiliser la glycémie et limiter les coups de fatigue mentaux.
🛏️ 4. Soignez le sommeil les jours avant la course
Le pic de stress la veille est courant. Dormir profondément 2 à 4 nuits avant est plus important.
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Couchez-vous tôt 3 jours avant
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Supprimez les écrans 1h avant le coucher
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Utilisez une application de relaxation audio ou de bruit blanc
🧠 Étude de Fullagar et al. (2015) : 1h30 de dette de sommeil par nuit entraîne une chute de 10 à 15 % de la capacité de réaction psychomotrice.
📋 5. Maîtrisez votre logistique
Le cerveau déteste l’incertitude. Évitez les imprévus avec une préparation béton :
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Faites votre checklist matériel 2 jours avant
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Vérifiez votre heure de départ, votre dossard, le parcours
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Repérez les zones de transition si triathlon (T1, T2)
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Préparez vos gels et nutrition par discipline
📌 Astuce : utilisez une checklist imprimée ou une app dédiée (ex. RaceChecklist, RaceDay).
🔄 6. Reprogrammez mentalement le stress : il vous aide
🧠 Dites-vous :
“Ce stress est une preuve de mon engagement. Il prépare mon corps à performer.”
📖 Étude de Alia Crum (Yale, 2013) : les participants ayant appris à voir le stress comme une ressource ont eu des résultats cognitifs et physiques supérieurs de 25 à 30 % dans les épreuves testées.
📌 Récapitulatif
| 🔧 Technique | 🎯 Objectif | 📈 Effet attendu |
|---|---|---|
| Cohérence cardiaque | Calmer le système nerveux | Moins de tension, + clarté mentale |
| Routine mentale | Créer des repères | + Confiance, - pensées parasites |
| Alimentation ciblée | Stabiliser l’énergie | Moins de fatigue, - nervosité |
| Sommeil préparé | Favoriser la récupération | + Lucidité, + coordination |
| Logistique maîtrisée | Éviter les imprévus | Moins d’anxiété, + fluidité |
| Reframing du stress | Changer sa perception | + Motivation, + performance |
🏁 Conclusion : transformez le stress en moteur de performance
Le stress d’avant-course n’est ni une faiblesse, ni une fatalité : c’est une réaction normale du corps qui peut devenir une force si elle est comprise et canalisée.
En tant que triathlète ou traileur, vous vous préparez des semaines, parfois des mois durant. Il serait dommage de laisser une montée de tension ruiner votre plaisir et vos efforts. Grâce à une meilleure connaissance des mécanismes du stress, à des techniques simples et validées scientifiquement, vous pouvez :
✅ Apaiser votre mental
✅ Stabiliser vos sensations physiques
✅ Et surtout : prendre le départ lucide, concentré, prêt à performer
Rappelez-vous : vous n’avez pas à être « sans stress », vous devez simplement faire équipe avec lui. En l’apprivoisant, vous entrez dans une autre dimension de la performance : celle de la maîtrise de soi.
🧠 FAQ - Gérer le stress d’avant-course
❓ Est-ce normal d’avoir mal au ventre ou la diarrhée avant une course ?
Oui, le stress active le système sympathique et peut inhiber ou dérégler la digestion. C’est une réponse fréquente. Des techniques respiratoires, une alimentation adaptée et des tests à l’entraînement peuvent réduire ces effets.
❓ Le stress peut-il vraiment améliorer mes performances ?
Oui, s’il est modéré et bien canalisé. Il augmente la vigilance, la force, la coordination. Le tout est de ne pas le laisser vous submerger. Des techniques comme la visualisation ou la cohérence cardiaque aident à en tirer parti.
❓ Faut-il éviter les autres concurrents avant le départ pour rester calme ?
Cela dépend de votre profil. Certains ont besoin de calme, d'autres se rassurent en discutant. L'important est de respecter votre routine personnelle sans vous forcer à socialiser ou à vous isoler si cela vous stresse davantage.
❓ Je panique dès que j’entends un coup de feu de départ, que faire ?
Faites des visualisations intégrant ce moment précis : imaginez le coup de feu, votre premier mouvement, votre respiration calme. Répétez-le à l’entraînement. Cela “désensibilise” votre réaction conditionnée.
❓ Peut-on s'entraîner à mieux gérer son stress comme on s'entraîne physiquement ?
Absolument ! Intégrer des routines mentales, la cohérence cardiaque et des visualisations à vos séances permet d’automatiser la gestion du stress, comme un muscle mental. C’est un travail à long terme, mais redoutablement efficace.