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Le Switch Cérébral : Gérer la Transition Cognitive en Triathlon

Par Anthony Publié aujourd'hui à 07h02 — modifié hier à 07h02   Temps de lecture : 12 minutes
Le Switch Cérébral : Gérer la Transition Cognitive en Triathlon Crédit Image: AI Generated

Le triathlon, bien plus qu'une simple addition de trois sports

Je me souviens encore de mon tout premier triathlon distance olympique, il y a des années. J’étais un coureur aguerri, un cycliste correct, et un nageur… disons, persévérant. Physiquement, j'étais prêt. Enfin, c'est ce que je croyais. La sortie de l’eau fut un choc. Pas seulement le froid ou la bousculade, mais cette sensation de vertige, comme si le monde tanguait. J’ai titubé jusqu’à mon vélo, le cerveau en mode « erreur 404 ». Puis, après 40 km de vélo où j’avais retrouvé mes esprits, la deuxième transition. Je pose le vélo, j’enfile mes chaussures de course et là… le drame. Mes jambes n’étaient plus les miennes. C’était comme courir avec des enclumes en béton à la place des quadriceps. Le fameux effet « jambes de bois ». Ce jour-là, j’ai compris une chose fondamentale : le triathlon n’est pas la somme de trois épreuves, mais une seule et même discipline dont les transitions sont les moments clés. Et la partie la plus difficile de cette transition ne se passe pas dans le parc à vélos, mais bien entre tes deux oreilles. C'est ce que j'appelle le « switch cérébral ». Prêt à relever le défi et à décortiquer ce mécanisme pour en faire ta plus grande force ?

Qu'est-ce que le Switch Cérébral en Triathlon ?

On parle souvent de T1 (Transition 1 : Natation -> Vélo) et T2 (Transition 2 : Vélo -> Course à pied) comme de simples moments où l'on change d'équipement. On chronomètre le temps passé dans l'aire de transition, on cherche à gagner de précieuses secondes. Mais c'est une vision très réductrice. Le véritable enjeu est invisible : c'est la capacité de ton cerveau à gérer un changement radical d'état, à la fois sur le plan moteur, physiologique et psychologique. C'est un véritable redémarrage du système d'exploitation de l'athlète.

Au-delà de l'aire de transition : La bataille se joue dans la tête

L'aire de transition est juste le théâtre physique du changement. Le switch cérébral, lui, commence bien avant que tu ne poses le pied à terre et se termine bien après que tu sois reparti. C'est une recalibration complète :

  • Passage d'un mode de pensée à un autre : En natation, tu es dans une bulle, concentré sur ta respiration, ta glisse, la gestion de l'effort dans un environnement aquatique. À vélo, tu deviens un stratège : gestion du parcours, du vent, de l'alimentation, surveillance des autres concurrents. En course à pied, c'est souvent un combat intérieur, une lutte contre la fatigue où la gestion du rythme et la force mentale sont primordiales. Ton cerveau doit changer de « logiciel » à chaque étape.
  • Recalibration proprioceptive : La proprioception est la perception qu'a ton corps de sa position dans l'espace. En passant de la position horizontale et quasi en apesanteur de la natation à la position assise du vélo, puis à la posture verticale et soumise aux impacts de la course à pied, tu infliges à ton système nerveux un véritable séisme. Le cerveau doit réapprendre en quelques secondes où sont tes membres et comment les coordonner dans ce nouvel environnement.

C'est pourquoi un triathlète qui ne maîtrise pas ce switch peut perdre bien plus que les 30 secondes d'une transition ratée. Il peut perdre en efficacité, en lucidité et en plaisir pendant les 15 à 20 premières minutes de la discipline suivante, un temps précieux où une course peut se gagner... ou se perdre.

Le défi neuro-musculaire : De l'horizontalité à la verticalité

Pour bien comprendre, il faut visualiser ce que tu imposes à ton corps. C’est tout sauf naturel. Sur le terrain, rien ne remplace l’expérience, mais comprendre la mécanique te donnera une longueur d'avance.

De la natation au vélo (T1) : Le choc postural

En sortant de l'eau, tu passes brutalement de :

  1. Une position horizontale : Le sang circule de manière uniforme dans tout le corps.
  2. Un effort non-porté : L'eau soutient ton poids, tes articulations sont déchargées.
  3. Une thermorégulation différente : Le corps lutte pour maintenir sa température dans l'eau.

À une position verticale (le temps de courir vers ton vélo) puis assise, où :

  1. La gravité reprend ses droits : Le sang est attiré vers le bas du corps. Ton cœur doit pomper plus fort et différemment pour irriguer le cerveau. C'est la cause principale du vertige et de la sensation de « tête qui tourne ».
  2. Les chaînes musculaires changent radicalement : En natation, le haut du corps (dos, épaules) et le gainage sont très sollicités. À vélo, la puissance vient quasi exclusivement des jambes (quadriceps, ischio-jambiers, fessiers) dans un mouvement cyclique très spécifique.

Ton cerveau doit donc, en l'espace de quelques minutes, gérer une redistribution sanguine massive, réactiver les capteurs de l'équilibre et envoyer des ordres à des groupes musculaires qui étaient relativement au repos quelques instants auparavant.

Du vélo à la course à pied (T2) : Le choc de l'impact

La deuxième transition est souvent perçue comme la plus difficile musculairement. Tu passes de :

  1. Une position assise et penchée : Tes fléchisseurs de hanche sont raccourcis, tes fessiers et ischio-jambiers travaillent en synergie avec les quadriceps mais dans un schéma moteur très répétitif et non-porté.
  2. Un mouvement cyclique sans impact : Le pédalage est fluide, sans choc.
  3. Une contraction musculaire spécifique : Le muscle travaille principalement en phase concentrique (il se raccourcit pour pousser sur la pédale).

À la course à pied, où tout s'inverse :

  1. Une posture verticale et dynamique : Il faut une extension complète de la hanche, ce qui est difficile avec des fléchisseurs « endormis » par des heures en position vélo.
  2. Un effort à impacts répétés : Chaque foulée génère une onde de choc que ton corps doit absorber. C'est un traumatisme pour des muscles non préparés.
  3. Un travail musculaire excentrique : Tes quadriceps, notamment, doivent travailler en excentrique pour freiner la descente à chaque impact, un type de contraction très coûteux en énergie et qui explique la sensation de « jambes en coton » ou de « jambes qui ne répondent pas ».

Le switch cérébral à T2 consiste donc à reprogrammer en urgence le schéma moteur, à passer d'un rôle de « pousseur » cyclique à un rôle d'« amortisseur-propulseur » à fort impact. C'est un véritable tour de force neuromusculaire.

La mécanique cachée du switch : Pourquoi ton corps (et ta tête) proteste

Maintenant que l'on a posé le décor, allons un peu plus loin dans la salle des machines. Pourquoi ces sensations sont-elles si intenses ? Ce n'est pas juste « dans la tête », c'est profondément physiologique. Comprendre ces mécanismes te permettra de ne plus les subir, mais de les anticiper et de les gérer.

Le casse-tête du flux sanguin : L'ivresse du triathlète

Imagine ton système circulatoire comme un réseau de distribution d'eau ultra-perfectionné. Durant chaque discipline, ton corps ouvre les vannes à fond vers les zones qui en ont besoin (les muscles qui travaillent) et les ferme partiellement ailleurs. C'est la fameuse vasoconstriction/vasodilatation.

À T1 : En natation, le sang est bien réparti. En sortant de l'eau et en te mettant debout, la gravité tire soudainement une grande quantité de sang vers tes jambes. Le temps que ton système régule la pression et que le retour veineux redevienne efficace, ton cerveau peut être momentanément moins bien irrigué. C'est ce qu'on appelle l'hypotension orthostatique. Résultat : vertiges, vision trouble, désorientation. Ton cerveau, privé d'une partie de son carburant (oxygène), a du mal à prendre des décisions claires. C'est là que tu risques d'oublier d'enlever ton casque avant de partir courir (ça sent le vécu, non ? 😉).

À T2 : Pendant l'effort à vélo, une énorme partie de ton débit sanguin (jusqu'à 70-80%) est dirigée vers les muscles de tes jambes. Ils sont littéralement gorgés de sang. Quand tu poses le pied à terre pour courir, ce sang « stagne » quelques instants dans les capillaires de tes jambes. Le retour veineux est perturbé, et les muscles qui doivent maintenant travailler différemment sont engorgés. C’est une des raisons de cette sensation de lourdeur extrême, comme si tes jambes pesaient une tonne.

Le "bug" neuromusculaire : Quand tes muscles ne répondent plus

Ton cerveau est une machine à créer des automatismes. Pédaler pendant des heures, c'est créer un programme moteur ultra-efficace. Ton système nerveux central envoie des impulsions électriques à une cadence et une séquence parfaites pour ce mouvement. Le problème, c'est que ce programme est tellement ancré qu'il est difficile de le « désinstaller » rapidement.

Au début de la course à pied, ton cerveau essaie encore d'appliquer le « logiciel vélo ». Il envoie des commandes pour un mouvement cyclique et non-porté, alors que ton corps a besoin d'un schéma de propulsion et d'absorption d'impact. C'est un conflit moteur ! Tes muscles reçoivent des ordres contradictoires ou inadaptés. Cette confusion neuromusculaire est la cause directe de la foulée hachée, désordonnée, que l'on observe chez presque tous les triathlètes au début du marathon ou du 10 km. Ton corps n'est pas fatigué au point de ne plus pouvoir courir ; il est simplement « confus » sur la manière de le faire.

Le coût cognitif de la transition

En plus de tout ce chaos physiologique, il y a la charge mentale. L'aire de transition est un environnement stressant : la foule, le bruit, le chrono qui tourne, la nécessité de suivre une procédure précise sans rien oublier. Chaque petite décision (Où est ma barre de céréales ? Est-ce que je mets des chaussettes ? Où est la sortie ?) consomme de l'énergie mentale.

Cette charge cognitive, ajoutée à l'hypoxie relative du cerveau et à la confusion neuromusculaire, crée un cocktail parfait pour l'erreur. C'est pourquoi l'automatisation est la clé. Moins tu as à réfléchir, plus tu libères de ressources cérébrales pour gérer le switch physiologique. Un cerveau calme et concentré gérera la transition bien plus efficacement qu'un cerveau en panique.

T1 - De la Brasse au Braquet : Dompter la première transition

Assez de théorie, passons à la pratique ! Maîtriser le premier switch, c'est poser les fondations d'une course réussie. Une T1 bien gérée te met dans un état d'esprit positif et te fait économiser une énergie précieuse. Voici ma méthode, testée et approuvée sur le terrain.

Préparation en amont : La visualisation, ton meilleur allié

La veille de la course, et même les jours précédents, je ne me contente pas de vérifier mon matériel. Je ferme les yeux et je déroule le film de ma transition T1, au ralenti. J'imagine tout :

  • La sensation de l'eau lors des derniers mouvements.
  • Le son de la foule en approchant de la sortie.
  • Le moment où mes pieds touchent le sable ou le tapis.
  • Le geste pour commencer à enlever la combinaison en courant.
  • Le chemin exact jusqu'à mon vélo (je repère toujours un arbre, un panneau, un élément unique).
  • L'ordre précis de mes actions : combi enlevée, lunettes et bonnet dans la manche, casque clipsé (TOUJOURS en premier !), lunettes de soleil, ceinture porte-dossard, chaussures, et enfin, je décroche le vélo.

Cette répétition mentale crée des autoroutes neuronales. Le jour J, ton corps exécutera le plan en pilote automatique, même avec un cerveau un peu dans le gaz.

Les dernières centaines de mètres de natation : Anticiper pour gagner en fluidité

Le switch T1 commence dans l'eau. Sur les derniers 100 à 200 mètres, change ta nage. Augmente significativement la fréquence de tes battements de jambes. L'objectif n'est pas forcément d'accélérer, mais de dire à ton système sanguin : « Hey, les gars, la fête est finie en haut, on va avoir besoin de vous en bas maintenant ! ». Ce simple changement prépare la redistribution du flux sanguin et réveille tes jambes pour la course vers le parc. Profite de ce moment pour faire quelques relevés de tête (sighting) afin de visualiser précisément l'arche de sortie. Moins d'hésitation, plus de fluidité.

Dans l'aire de transition (T1) : L'art de l'automatisation

Ici, un seul mot d'ordre : routine. Tu dois avoir un rituel immuable, pratiqué des dizaines de fois à l'entraînement. Voici une séquence qui fonctionne bien :

  1. Courir vers ton emplacement : Profites-en pour enlever ta combinaison jusqu'à la taille. C'est beaucoup plus facile en mouvement.
  2. À ton emplacement : Pose tes lunettes et ton bonnet. Finis d'enlever la combinaison.
  3. SÉCURITÉ D'ABORD : Casque sur la tête et jugulaire attachée. C'est la première chose à faire. Pas de casque, pas de vélo. C'est la règle, et c'est non négociable.
  4. Le reste de l'équipement : Enfile tes lunettes de soleil. Mets ta ceinture porte-dossard (avec le dossard dans le dos pour le vélo). Enfile tes chaussures (soit des chaussures de vélo déjà clipsées sur les pédales pour les plus aguerris, soit tu les enfiles à ton emplacement).
  5. Action : Décroche ton vélo et cours vers la sortie du parc. Ne monte sur le vélo qu'APRES la ligne matérialisée au sol.

L'astuce est de préparer ton emplacement de manière logique. Pose tout dans l'ordre où tu vas l'utiliser. Ta zone doit être un modèle de minimalisme et d'efficacité.

Les premiers kilomètres à vélo : Le temps de la recalibration

Ça y est, tu es sur ton vélo. L'erreur du débutant ? Partir comme une balle pour rattraper le temps « perdu ». Grosse erreur ! Les 5 à 10 premières minutes de vélo sont une extension de la transition. C'est là que le switch cérébral se finalise.

  • Mets un petit braquet et mouline : Opte pour une cadence de pédalage élevée (90-100 tr/min). Cela va aider à « rincer » les muscles des jambes, à finaliser la redistribution sanguine et à évacuer les toxines.
  • Hydrate-toi et alimente-toi : Prends une gorgée d'eau ou de boisson énergétique. C'est un signal pour ton cerveau : la natation est finie, on passe en mode « gestion d'effort longue durée ».
  • Respire profondément : Concentre-toi sur une respiration ample et calme pour faire baisser ton rythme cardiaque et oxygéner ton cerveau.
  • Prends tes repères : Scanne ton corps. Comment te sens-tu ? Observe le parcours. Prends le temps d'entrer dans ta course.

Après ces quelques minutes de recalibration, tu seras prêt à trouver ton rythme de croisière et à être pleinement efficace pour toute la partie cycliste.

T2 - Des Pédales à la Foulée : Apprivoiser les "jambes de coton"

Si la T1 est un défi pour l'équilibre et le cerveau, la T2 est un véritable test pour les muscles. C'est souvent ici que les triathlètes craignent le plus le fameux « mur ». Mais là encore, avec de l'anticipation et de la méthode, tu peux transformer cette épreuve en démonstration de force.

L'anticipation sur le vélo : Préparer le corps à l'impact

Tout comme pour T1, la transition T2 commence bien avant de poser le pied à terre. Sur les 5 à 10 dernières minutes de ton parcours vélo :

  • Augmente ta cadence : Passe sur un pignon plus grand (vitesse plus facile) et augmente ta cadence de pédalage à 95-105 tr/min. Tu ne cherches plus la puissance, mais à préparer tes jambes à la fréquence de la course à pied. C'est la meilleure façon de « déverrouiller » le schéma moteur du pédalage.
  • Mets-toi en danseuse : Profite de la moindre petite bosse ou relance pour te mettre debout sur les pédales pendant 15-20 secondes. Cela permet d'étirer tes fléchisseurs de hanche, de réactiver tes fessiers et de préparer ton corps à la posture verticale.
  • Visualise ta course : Pense à ta foulée. Imagine-la légère, efficace. Pense à ta posture, bien droit, les bras relâchés. Commence le switch mental avant le switch physique.
  • Étire tes jambes : Si tu le peux en toute sécurité, essaie de tendre une jambe puis l'autre vers le bas pour étirer doucement les ischio-jambiers.

Dans l'aire de transition (T2) : Efficacité et calme

La routine est encore ta meilleure amie. Ton cerveau est fatigué, ne lui impose pas de décisions inutiles.

  1. Descends du vélo AVANT la ligne. Accroche ton vélo à son emplacement.
  2. Casque : La première chose à faire est d'enlever ton casque. Ne l'oublie pas !
  3. Chaussures : Enlève tes chaussures de vélo, enfile tes chaussures de course (utilise des lacets élastiques, c'est un gain de temps et de confort incroyable).
  4. Accessoires : Mets ta casquette ou ta visière. Prends ta nutrition si tu en as de prévue (gels, flasques).
  5. Dossard : Fais pivoter ta ceinture pour que le dossard soit devant.
  6. Go ! Sors du parc en courant.

Un conseil en or que je donne à tous mes athlètes : NE T'ASSIEDS JAMAIS en T2. S'asseoir pour mettre ses chaussures, c'est la garantie de sentir ses jambes encore plus lourdes et d'avoir du mal à repartir. Reste debout, reste en mouvement.

Les premiers pas de la course à pied : La phase critique

Les 10 premières minutes de course sont déterminantes. Accepte la sensation désagréable. Elle est normale. Tout le monde la ressent, du débutant au champion du monde. La différence, c'est la façon de la gérer.

  • Pars plus lentement que ton allure cible : Ne te mets pas dans le rouge tout de suite. Ton corps a besoin de temps.
  • Foulée de transition : Adopte une foulée plus courte et plus rapide que ta foulée normale. Pense « petits pas rapides ». Cela limite les impacts et aide ton système nerveux à trouver plus vite le bon schéma moteur. Ne cherche pas l'amplitude tout de suite.
  • Concentre-toi sur ta posture : Redresse-toi ! Le vélo t'a tassé vers l'avant. Pense à te grandir, à ouvrir ta cage thoracique, à regarder loin devant. Une bonne posture facilite la respiration et l'efficacité de la foulée.
  • Relâche le haut du corps : Les épaules et les bras ont tendance à être contractés. Secoue-les, respire, détends-toi.

Cette phase de transition dure généralement entre 800m et 2 km. Sois patient. Progressivement, tu sentiras tes jambes « revenir », ta foulée s'allonger, et tu pourras enfin trouver ton véritable rythme de course.

L'entraînement du Switch : Comment "hacker" ton cerveau à l'avance

Tu l'as compris, on ne devient pas bon en transition par magie le jour de la course. Cela se travaille, encore et encore. L'objectif est de rendre le switch si familier à ton corps et à ton cerveau qu'il en devient quasi naturel.

Les enchaînements "Briques" : La base de tout

La séance « brique » (enchaînement vélo-course à pied) est l'outil indispensable du triathlète. Elle habitue ton corps à ce fameux choc neuromusculaire. Intègre-la une fois par semaine dans ta préparation.

Voici quelques exemples de séances :

  • La brique fondamentale : Après ta sortie longue du week-end (2h, 3h ou plus), enchaîne directement avec 20 à 30 minutes de course à pied à allure endurance. L'objectif n'est pas la vitesse, mais d'habituer ton corps à courir sur de la fatigue.
  • La brique au seuil : 1h de vélo incluant des intervalles à allure course (Ironman ou 70.3), suivie de 15 à 20 minutes de course à pied à ton allure de course cible. C'est une séance difficile mais extrêmement efficace.
  • Les multi-briques : Idéales pour accélérer l'adaptation ! Fais des boucles courtes : (20 min vélo à bon rythme / 10 min course à pied rythmée) x 3. Ton corps apprend à switcher de plus en plus vite. C'est ma séance préférée pour préparer les formats courts.

Ne néglige pas l'enchaînement Natation-Vélo

C'est la brique la plus compliquée à mettre en place, mais elle est essentielle pour dompter le vertige de la T1.

  • En eau libre : Si tu as la chance de pouvoir nager en lac ou en mer, c'est l'idéal. Fais une séance de 20-30 minutes de natation, sors de l'eau, cours jusqu'à ton vélo (que tu auras préparé sur la berge) et pars pour une sortie de 45-60 minutes.
  • En piscine : C'est possible de simuler ! Fais un bloc de natation intense (ex: 10x100m rapide). Sors de l'eau, sèche-toi rapidement et saute sur un home-trainer ou un vélo de spinning pour 15-20 minutes en moulinant. Le but est de recréer le changement de posture et le choc circulatoire.

La préparation mentale et la réinitialisation cognitive

Au-delà de l'entraînement physique, la gestion du switch est un exercice mental. Chaque transition est une occasion de faire un reset. Une natation décevante ? Oublie-la dès que tu sors de l'eau. Le vélo commence, c'est une nouvelle course. Un incident mécanique à vélo ? Ne laisse pas la frustration gâcher ta course à pied. Cette capacité à compartimenter et à se reconcentrer est cruciale. C'est ce qu'on peut appeler la Dépolarisation Mentale du Coureur et Triathlète : Maîtriser l'Art de la Réinitialisation Cognitive pour la Performance Ultime. Utilise des mots-clés, des mantras. En posant le vélo, dis-toi à voix haute (ou dans ta tête) : « Je suis un coureur maintenant. Léger. Rapide. » Ce dialogue interne positif aide ton cerveau à opérer le switch plus rapidement.

À Chaque Transition sa Victoire : À Toi de Jouer !

Le switch cérébral n'est pas une fatalité, une souffrance obligatoire du triathlon. C'est une compétence, et comme toute compétence, elle se développe, se peaufine, se maîtrise. En le comprenant, en l'anticipant et en l'entraînant, tu transformes un point de faiblesse potentiel en une véritable arme. Tu ne gagneras pas seulement des minutes sur le chrono, tu gagneras en confiance, en efficacité et surtout, en plaisir. Tu aborderas chaque discipline avec un corps et un esprit frais, prêts pour le défi à venir.

Le triathlon est une danse sublime et exigeante entre trois sports. Les transitions en sont les pas les plus techniques, les moments où l'harmonie peut se créer ou se rompre. Mais comme toute danse, elle s'apprend. Alors, enfile tes chaussures, prépare ton matériel, répète tes gammes, et fais de chaque switch une petite victoire personnelle. À chacun son aventure, et celle de maîtriser cet art ne fait que commencer. Tu vas voir, c'est l'un des aspects les plus gratifiants de ce sport incroyable. Alors, prêt à devenir un maître de la transition ?

🧠 FAQ - Le Switch Cérébral en Triathlon

❓ À quelle fréquence dois-je pratiquer les séances "briques" (enchaînements) ?

Idéalement, une fois par semaine pendant ta période de préparation spécifique. Varie les plaisirs : alterne entre des briques longues après ta sortie vélo du week-end pour l'endurance, et des briques plus courtes et intenses en semaine pour travailler la vitesse de transition et l'adaptation à l'allure de course.

❓ Je suis toujours très étourdi en sortant de l'eau (T1). Comment puis-je éviter ça ?

C'est un phénomène très courant lié au changement de posture. Pour l'atténuer, pense à bien augmenter tes battements de jambes sur les 100-200 derniers mètres de natation. Cela aide à rediriger le sang vers le bas du corps. Une fois debout, prends une seconde pour te stabiliser avant de sprinter, et concentre-toi sur un point fixe au loin pour aider ton équilibre.

❓ Mes jambes sont en plomb au début de la course à pied (T2). Est-ce que cette sensation disparaît un jour complètement ?

Elle ne disparaîtra jamais complètement, même les pros la ressentent ! Cependant, avec un entraînement spécifique (les fameuses briques), elle diminue en intensité et en durée. En t'entraînant à enchaîner, ton corps devient beaucoup plus efficace pour opérer la transition neuromusculaire. La sensation peut alors ne durer que 2 à 5 minutes au lieu de 10-15.

❓ Quelle est la plus grande erreur que les débutants commettent dans les transitions ?

La panique et le manque de préparation. Beaucoup arrivent dans l'aire de transition sans plan précis. Ils cherchent leurs affaires, hésitent, et perdent un temps fou. La plus grosse erreur technique est souvent liée à la sécurité : oublier d'attacher son casque avant de prendre le vélo, ou ne l'enlever qu'après avoir raccroché le vélo. L'automatisation par la répétition est la clé pour éviter cela.

❓ Est-ce que ça vaut vraiment le coup d'investir dans des chaussures de triathlon spécifiques ?

Pour un débutant, ce n'est pas une priorité absolue, mais cela devient vite un avantage considérable. Les chaussures de triathlon ont une large ouverture, une boucle au talon pour les enfiler rapidement, et un système de fermeture simple (souvent un ou deux velcros). Elles sont aussi conçues pour être portées sans chaussettes, avec un intérieur sans coutures et un bon drainage. C'est un gain de temps et de confort non négligeable.

❓ Comment la fatigue mentale de ma vie professionnelle peut-elle impacter ma gestion du switch en course ?

C'est une excellente question. La charge cognitive est une ressource limitée. Si tu arrives sur une course déjà mentalement épuisé par le travail ou le stress personnel, ta capacité à prendre des décisions rapides et claires dans l'aire de transition sera réduite. Tu seras plus susceptible à l'erreur ou à la panique. C'est pourquoi le repos et la préparation mentale (visualisation, relaxation) dans les jours précédant une épreuve sont aussi importants que l'entraînement physique.